3ème dimanche de carême : 1er scrutin

Certains paroissiens de notre doyenné ont du être étonnés dimanche dernier de ne pas entendre l’Évangile du 3ème dimanche de carême. En effet, dans leur paroisse des adultes, Mercédes, Magalie, Mathilde et Elise préparent leur baptême qui sera célébré à la veillée pascale. Le carême est pour eux une période de préparation intense au cours de laquelle on leur propose de vivre 3 scrutins. Après  l’Appel décisif du 22 février dernier, elles sont invitées à poser un regard bienveillant sur leur vie, à la lumière de 3 Évangiles de l’année A : la Samaritaine, l’aveugle-né et Lazare.

Dimanche dernier l’Évangile qui a été lu est celui de la Samaritaine.

Le Père Régis Devaux nous en propose une homélie :

HOMELIE du 8 mars 2015

3e dimanche de Carême (1er Scrutin – texte année A)

 

En toute logique, la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine que relate l’Evangile n’aurait pas dû avoir lieu. Elle est un défi à toutes les règles. Déjà, cette rencontre défie la raison : Comment comprendre que cette femme aille chercher de l’eau au puits en plein midi ? Peut-être s’est-elle retrouvée à court… La rencontre défie aussi les règles de convenance : on ne voyait pas d’un bon œil qu’un homme s’entretienne seul avec une femme mariée. Et puis surtout c’est un défi aux règles religieuses, que la femme relève : « toi un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ! ». Histoire d’enfoncer le clou, l’évangéliste précise : « en effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains ».

 

Or, malgré tous les obstacles qui la rendaient quasi impossible, la rencontre a lieu ! Tous les détails donnés viennent dire que cette rencontre était désirée par Jésus.

Elise, Magali, Mathilde, votre histoire n’est-elle pas aussi celle d’une rencontre avec Jésus qui aurait pu ne pas avoir lieu ? Par des chemins différents pour chacune d’entre vous, voilà que cette histoire de la Samaritaine devient un peu la vôtre : Jésus vous dit qu’il veut vous rencontrer. Quel que soit le chemin qui vous a conduit à demander le baptême, Jésus vous précédait pour une rencontre providentielle avec lui, et il vous offre aujourd’hui l’eau vive de son puits. Cette eau vive, il nous l’offre d’ailleurs à tous, car nous sommes ensemble sur ce chemin de Pâques qui veut rafraîchir la foi de notre baptême.

 

Oui, il y a dans la vie croyante des moments privilégiés de rencontre avec Dieu. La rencontre de la Samaritaine avec Jésus au bord d’un puits fait écho à d’autres rencontres dont parle la Bible : d’autres puits sont à l’origine de couples célèbres de l’Ancien Testament, tels Rebecca et Isaac, Jacob et Rachel, ou encore Moïse et Cippora. Evidemment la rencontre de Jésus et de la Samaritaine ne prépare pas un mariage à venir… mais elle fait écho à l’alliance que Dieu veut vivre avec son peuple. La rencontre de Jésus et de la Samaritaine évoque l’appel fait aux hommes d’entrer dans la nouvelle Alliance que Jésus institue pour tous les hommes. Vous entrez dans ce « Peuple de l’Alliance qui prend le temps » de revenir vers Dieu,pour reprendre le thème choisi pour notre Carême.

 

Ce n’est pas par hasard que cet Evangile est proposé aux candidats au baptême. Il évoque tout le travail d’approfondissement que demande la foi : cette scène au bord du puits paraît plutôt statique, pourtant un travail en profondeur s’y opère. L’identité de Jésus se révèle progressivement. Il est d’abord un homme en proie à la fatigue et à la soif… Puis grâce à la femme, on apprend qu’il est « plus grand que Jacob », qu’il est prophète, « Messie , celui qu’on appelle Christ » , jusqu’à ce que les habitants de Sykar reconnaissent en lui « le Sauveur du monde »

 

Oui, la rencontre a gagné en profondeur . C’est vrai aussi pour la femme de Samarie. Ses premières paroles restent très matérielles : « tu n’as rien pour puiser », « donne-moi de cette eau vive que je n’ai plus à venir». Puis émergent des références religieuses : il est question du puits donné par Jacob, de la montagne où adorer Dieu, de l’attente d’un Messie.

Pour vous aussi, Elise, Magali, Mathilde, votre histoire s’est enrichie par ces semaines de préparation qui vous ont conduites à mieux connaître la Parole de Dieu et son Eglise.

 

Mais l’histoire de la femme de Samarie n’en reste pas là. Elle entend la parole de Jésus : « si tu savais le don de Dieu ! ». Elle entre dans le projet de Dieu de recevoir la foi. En cela aussi cet évangile renvoie au baptême, car il rappelle que la foi ne va pas de soi. La foi est découverte comme un don de Dieu : En disant « Donne-moi à boire », Jésus exprime sa soif de nous rencontrer. Puis il éveille nos propres soifs : « si tu savais le don de Dieu ! ». Jésus nous fait connaître qui il est, le Christ : « Je le suis, moi qui te parle ». En même temps il nous révèle à nous-mêmes, comme pour la Samaritaine : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait ». Pourtant si l’on reprend le dialogue , Jésus n’a pas dit grand-chose de cette femme sauf qu’elle « a eu 5 maris, et que l’homme avec qui elle vit n’est pas son mari ». Jésus n’a pas tout dit de cette femme mais a pointé ce qui n’était pas clair dans sa vie.

 

C’est bien ce à quoi vise le Carême, ce que visent aussi ces scrutins qui vous conduisent ici : ces moments nous sont donnés pour ne pas tricher avec nous-mêmes, pour oser aller dans toute l’épaisseur, la profondeur de notre vie, débusquer le péché, le mal en nous, ce qui nous fait passer à côté des sources d’eau vive.

« Le puits est profond… D’où l’as-tu donc, l’eau vive ? » remarque la Samaritaine. Entendons-le au plan spirituel : le projet de Jésus est de faire venir à la surface l’eau vive qui est enfouie dans nos profondeurs. Oui, quelquefois, il faut puiser profond pour atteindre les sources de vie qui sont en nous. Le projet de Dieu nous renvoie à toutes nos zones arides qu’il veut rendre fertiles.

 

Que le baptême ait été reçu dans l’enfance ou à l’âge adulte, chacun comprend que l’adhésion à Jésus ne peut se faire que progressivement, qu’elle peut s’accompagner d’hésitations, de questions… voire de revirement. Mais surtout, elle ne peut se vivre seul et demande une parole partagée avec d’autres croyants. C’est le sens de notre vie en Eglise, que vous avez commencé à goûter dans les rencontres avec l’équipe de catéchuménat.

 

La vie croyante veut conduire au témoignage, comme on le voit enfin avec la femme de Samarie. Dans notre vie de croyant dans le quotidien de nos journées, ce témoignage peut prendre des visages multiples. Nous pouvons être de ceux dont la manière de vivre, les convictions, posent question à d’autres, et leur donnent envie de se mettre en route. Nous pouvons être de ceux qui entrent en dialogue avec les personnes en demande de sens, qui ont soif de réconfort, de dignité ou soif de vie. Certains parviennent ainsi à reconnaître progressivement le Christ comme source de vie, comme les habitants de Sikar : « nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde ». Puissions-nous ensemble découvrir le goût de l’eau vive qu’est l’Esprit Saint… et en donner le goût à d’autres !

Père Régis Devaux

 

Revoir :

l’Appel décisif

La célébration du 3ème scrutin 2014

Entrée en Êglise de Mercédes

Le catéchuménat des adultes

Retrouvez les prochaines célébrations dans la rubrique « Pour nous rejoindre »