4ème dimanche de carême : 2ème scrutin

La semaine dernière, les paroisses ayant parmi eux des catéchumènes se préparant au baptême ont célébré le 2ème scrutin. L’Évangile de 2ème scrutin est l’Aveugle né.

L’homélie du père Régis Devaux :

HOMELIE : 4e Dimanche de Carême – 15 mars 2015

(2e Scrutins – Evangile  année A)

 

Dimanche dernier, pour les premiers scrutins, nous entendions l’Evangile de la Samaritaine : l’eau du baptême était déjà évoquée avec ce puits : « Si tu savais le don de Dieu, c’est toi qui aurais demandé l’eau vive ».

Aujourd’hui, nous retrouvons l’eau avec cette piscine de Siloé où l’homme aveugle va se laver et retrouve la vue. A ce signe de l’eau s’ajoute celui de la lumière : saint Jean nous fait entendre que les vrais aveugles ne sont pas ceux qu’on croit. Avec l’eau et la lumière, ce sont deux des signes du baptême qui sont ainsi évoqués, des signes pour notre foi.

 

Dans l’Evangile, il est beaucoup question de « savoir », mais savoir ne conduit pas nécessairement à croire.

Les Pharisiens savent, ou croient savoir, mais leur savoir ne leur sert à rien. Il les divise : les uns s’attachent à ce qu’ils savent du sabbat pour conclure : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat.» ; les autres savent qu’une telle guérison ne peut venir que de Dieu. Pire, leur savoir devient un écran qui les empêche de croire, l’écran de leurs préjugés : préjugé qu’être aveugle de naissance est une malédiction : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance… ». Préjugé sur Jésus qu’il est impossible de reconnaître comme le Messie attendu. Ils refusent obstinément de voir en Jésus un envoyé de Dieu, quitte à nier les évidences. Ainsi, l’Evangile nous alerte : attention  à tous les préjugés, aux  étiquettes que nous pouvons poser  sur les gens, à ce que nous croyons savoir…  mais  qui finalement  nous empêche de les voir vraiment. Savoir, s’enfermer dans des certitudes  peut faire de nous des aveugles, peut nous empêcher de croire, peut nous faire passer à côté de la lumière.

L’Evangile présente  aussi les parents qui savent : ils savent que leur fils était aveugle de naissance, ils savent que maintenant il voit… Mais ils ont peur, et du coup choisissent de ne pas dire comment leur fils a retrouvé la vue ni par qui : « nous ne savons pas ». Deuxième avertissement : refuser de savoir, en fermant les yeux par peur… peut aussi nous aveugler.

 

Car la foi nous demande de voir, plus que de savoir. Mais là encore, il s’agit de bien voir. Nous sommes en permanence bombardés par pas mal d’évènements survenant un peu partout, saturés d’images et de commentaires rapides, un sujet étant vite éclipsé par un autre. Ce que nous voyons nous aide-t-il vraiment à savoir ce qui se passe, nous aide-t-il vraiment à nous forger non pas juste une opinion, mais des convictions ? L’évènement demande à être relu, confronté à notre raison qui cherche à comprendre ce qui se passe. L’évènement demande à  être médité, pour repérer ce que Dieu nous dit.

L’enjeu est de dépasser les apparences, ce qui se manifeste pour le choix de David, rapporté dans la première lecture : personne ne pensait à David pour être roi. Il apparaissait trop fragile (poète et musicien !) et trop jeune. Sauf que  « les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde au cœur ». C’est de Dieu que David recevra sa force, et c’est en étant fidèle à Dieu qu’il se révèle comme un grand roi.

Vous connaissez sans doute ce propos d’Antoine de Saint-Exupéry dans le Petit Prince: « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Le cœur est comme un 6e sens, essentiel à la foi !  N’en n’avons-nous pas l’illustration  avec cet homme aveugle qui rencontre Jésus par deux fois ?  La première fois,  il est guéri  de sa cécité naturelle. Plutôt passif, l’homme se laisse faire par Jésus qui lui met de la boue sur les yeux et l’envoie se laver.

Quand il rencontre Jésus la deuxième fois, son cœur s’ouvre à une autre lumière, et sa parole est de plus en plus engagée.  Ainsi l’aveugle passe progressivement de la cécité à la vue, de l’ignorance au savoir, et finalement aboutit à une confession de foi : Celui qu’on appelle Jésus devient « un prophète », puis « le Seigneur » devant lequel il se prosterne.

L’aveugle réalise dans sa vie  ce qui était annoncé tout au début de l’Evangile selon saint Jean, dans le prologue : «Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu …Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu.»

L’aveuglement le plus grave, est ainsi celui du cœur. Et ce deuxième scrutin nous est donné à tous  comme un temps pour ouvrir nos cœurs à la lumière du Christ.  Vous qui allez être baptisées bientôt, vous entendrez dans la nuit de Pâques : « vous êtes devenues lumière dans le Christ : marchez toujours comme un enfant de lumière ». Les sacrements de l’initiation – le  baptême, la confirmation, l’eucharistie – sont appelés sacrements de  « l’illumination. »

La foi nous appelle à être des « illuminés » !  Elle s’adresse à notre cœur pour  reconnaître  dans des signes la présence de l’invisible. Tel le signe de l’eau, devenant source de vie éternelle. Tel le signe de la lumière, reconnu comme la présence lumineuse du Christ dans notre vie.  Le signe, comme le Christ le dit à propos de l’aveugle-né, c’est que Dieu manifeste en lui son action, tout comme il  manifeste aussi son action dans notre vie. Il fait de nous une lumière. Ainsi notre vie est-elle appelée à devenir un signe de cette présence de Dieu en nous, à être lumière pour  d’autres, à éveiller l’espérance. Laissons le Christ être cette lumière qui vient de l’intérieur de nous-mêmes, lumière de l’amour  que Dieu porte à tous les hommes, lumière qui éclaire le chemin du don de soi aux autres pour le bonheur de tous.

Au moment de célébrer ce deuxième scrutin, prions avec ces mots du chant de Taizé :

« Jésus le Christ, lumière intérieure, ne laisse pas mes ténèbres me parler.

Jésus, le Christ, lumière intérieure, donne-moi d’accueillir ton amour ! ».

Père Régis Devaux

 

Revoir :

l’Appel décisif

La célébration du 1er scrutin 2015

La célébration du 3ème scrutin 2014

L’entrée en Église de Mercedes

Le catéchuménat des adultes

Retrouvez les prochaines célébrations dans la rubrique « Pour nous rejoindre »