Quelle étrange Semaine Sainte

Chers amis
Quelle étrange Semaine sainte !
Nous aurions dû nous retrouver, ici et là, dans nos paroisses, dans des communautés, et peut-être même à Lourdes pour célébrer le « jusqu’au bout de l’amour » de Jésus et sa résurrection. Mais un méchant virus nous confine chez nous. Il ne nous laissera pas tranquille avant d’avoir laissé de nombreuses traces : des morts par milliers dans le monde et peut être même certains de nos proches, des familles endeuillées, une économie bouleversée, des pauvres un peu plus pauvres, des rapports sociaux complètement chamboulés. Nous mesurons ici l’extrême fragilité de l’homme et de tout ce qu’il a construit.
 Devant cette pandémie et toutes les conséquences qu’on ne peut pas encore mesurer, un vieil ami m’écrivait, il y a quelques jours : « j’ai envie de pleurer. Et je dis : Pourquoi, Seigneur ? »
 Il serait sot de penser que ce virus est un « avertissement » de Dieu, ou pire, une « punition » qu’il nous enverrait pour nous pousser à corriger nos modes de vie. Oui, ce serait sottise !
 Il serait tout autant sot de croire que Dieu, d’un seul coup de cœur pour l’homme, pourrait « arrêter ce malheur ». Sot également de croire qu’il nous faudrait prier Marie d’infléchir le cœur de son Fils pour qu’il se tourne enfin vers notre misère. Qui serait Dieu,s’il attendait dans son ciel qu’on se tourne vers lui, à genoux, pour s’occuper enfin de l’homme ? Qui serait-il, s’il attendait nos larmes pour daigner se laisser attendrir ? Et qui serait Marie, si elle attendait nos chaines de chapelets pour demander à son Fils de faire avancer le « dossier terre » ? C’est faire offense à Dieu que de penser cela. Il faut le dire : nous n’avons pas à nous mettre à genoux pour que Dieu se mêle à notre histoire !
La réalité, c’est que devant ce virus, il ne peut rien.
 Dieu ne peut rien, sauf se proposer à nous comme une Source à laquelle nous pouvons venir boire pour puiser la patience, le courage, la tendresse. C’est l’heure de nous poser, simplement, dans le silence, et de lui rendre grâce pour la vie que nous avons reçue de lui et de nous étonner d’être des vivants, aimables, aimés et capables d’amour.  Quoi qu’il arrive, nous sommes dans sa main.
Le Christ ne peut rien, sauf  nous donner le goût des autres qu’il a si bien eu Lui-même. Et çà, on peut lui demander : la prière n’est pas vaine. C’est l’heure de redécouvrir, dans l’évangile, son étonnante humanité.
L’Esprit-Saint ne balaye pas les virus qui trainent sur la planète : il ne peut rien sauf  insuffler notre créativité et nos audaces, nous pousser au dehors de nous-mêmes. C’est l’heure de nous laisser entrainer sur des chemins nouveaux de fraternité.
Marie ne peut rien pour nous, sauf nous apprendre à regarder le Jésus, à faire tout ce qu’il nous dira,  à lui faire confiance et à garder – comme elle – tous ces évènements dans notre cœur.
 La « Toute-puissance » de Dieu se manifeste dans les solidarités nouvelles à laquelle cette crise sanitaire nous appelle. Elle se manifeste dans le « prendre soin » de soi, le « prendre soin » de l’autre et le « prendre soin » de la planète dont on n’a jamais autant parlé. Dans la foi au Seigneur de la Vie, nous y verrons mille éclats de la Résurrection.
 Lorsque nous nous retrouverons, nous pourrons nous dire alors que nous avons vécu, bien plus qu’une « Semaine sainte »,  une « Sainte quarantaine », car Il nous aura donné les uns aux autres.
 Gardons au cœur la foi en ce Seigneur qui nous confie les uns aux autres. Et en Marie qui veille.
Voilà toute la « puissance de Dieu » et la grandeur de l’homme.
Elles prévalent sur nos fragilités.
 Raphaël Buyse, prêtre
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