J’ai aimé faire un bout de chemin….

Marie NoëlleAprès plus de 10 ans de visite des patients à la polyclinique, Mari-Noël Chabrol a témoigné lors de la messe d’envoi des aumôniers et visiteurs d’hôpitaux et de cliniques du littoral.

Je m’appelle Marie-Noëlle, je fais partie de l’aumônerie catholique. Après le bonjour rituel, c’est ainsi que je me suis présentée, pendant une dizaine d’années, aux personnes hospitalisées à la polyclinique.

C’était un après-midi par semaine, parfois plus et même beaucoup plus.

En 10 ans j’ai connu bien des changements et les pathologies ne sont plus les mêmes mais j’ai toujours été bien accueillie par des personnes âgées, des jeunes, des cathos pratiquants ou non, des  musulmans, évangélistes, protestants, d’autres qui se disaient sans religion, athées « Vous n’arriverez pas à me convertir » me dit ce monsieur. Ça tombe bien, je n’en avais pas l’intention.

Tous les sujets sont abordés : maladie, famille, deuils, inquiétude pour l’avenir, visites et absence de visites, solitude, attente de résultats, la religion : pratiques d’autrefois et celles d’aujourd’hui, la messe, les églises fermées, les prêtres, les sacrements, la prière.

Une dame me dit « Je ne sais pas prier : quand ça va je dis merci mon Dieu, mais là je suis perdue » Qu’est-ce que je peux dire ? Et moi de répondre Au Secours Seigneur, j’ai besoin de votre aide – Vous croyez ? – Les apôtres n’ont pas hésité quand Jésus dormait dans la barque – Ah oui vous avez raison mais écrivez votre phrase, j’ai peur d’oublier.

Après un long échange, une dame, non catho m’avait-elle dit, me demande de lui lire un psaume. Je prends celui que j’avais avec moi. Après la lecture, elle conclut « merci, vous m’avez donné à manger ».

J’ai souvent porté la communion, à la demande ou sur ma proposition et j’ai plein de bons souvenirs de ces moments partagés.

Après la lecture de l’Evangile il y avait les commentaires et les interrogations « Prenez sur vous mon joug, il est léger (hum !) Aimez-vos ennemis, le frère de l’enfant prodigue ». Après la communion, avant de conclure je laissais un temps de silence, ce qui fit dire à une dame «  J’ai eu le temps de savourer », une autre «  Ici c’est mieux qu’à l’église j’ai tout bien compris » ou encore « merci ça fait du bien  je me sens plus forte pour continuer à lutter ». Dans les chambres doubles je proposais au voisin ou à la voisine ainsi qu’aux visiteurs de participer – il m’est arrivé d’avoir 6 personnes autour de moi. Je me disais « une petite église ». A cause de voisins bruyants nous avons (sur proposition d’une aide-soignante) utilisé la salle de convivialité.

Je préférais visiter le mardi parce que le matin j’avais eu moi-même la messe à la chapelle Saint Jacques. Je prenais des forces.

Pour vivre ce service il est important aussi je crois d’être soutenu par l’équipe et les rencontres de relectures, partage d’Evangile, prière, bénédiction du prêtre. Important aussi la formation et les journées avec la Pastorale Santé – 3 fois dans l’année. Quel plaisir, quel réconfort dans ces grands rassemblements diocésains – mon 1er c’était en 2009 avec JM Onfray.

Je voudrais dire aussi les bons contacts avec médecins, infirmiers, psy, kiné, aides-soignantes, assistante sociale, techniciennes de surface dans le respect du rôle de chacun.

Une aide-soignante : « on aime bien quand vous êtes là, on se sent moins seules, vous rassurez ».

Un médecin : « Vous croyez ne pas faire grand-chose ? Mais vous allez vers eux quand d’autres les fuient ». Une infirmière : « la personne que vous veniez voir est décédée – on n’a pas encore fait la toilette mais vous l’avais vue si souvent, allez-y- entrez ».

Quatre fois j’ai été appelée en maternité. Là aussi se jouent des drames et accompagner les parents est chose difficile (Nous allions à 2).

Une fois appelée aux urgences.

J’ai visité en soins palliatifs minimum 2 fois par semaine dès l’ouverture du service. Avant cette ouverture j’ai accompagné jusqu’à la fin, ce n’est pas déprimant, j’ai tenu la main, j’ai béni, on s’est parfois embrassées, l’ambiance était sereine.

J’ai aimé faire un bout de chemin avec toute ces personnes, même celles qui ne se livraient pas forcément à la 1ère visite – après quand on sait, on comprend.

Est-ce que j’ai rencontré le Christ ?

Oui – une fois j’ai vu le visage du Christ souffrant en entrant dans une chambre. Un choc. J’ai visité ce qu’on appelle  des « gueules cassées »et m’est venue l’expression « il n’avait plus figure humaine ».

Pendant les visites non je ne pensais pas à Dieu est là mais le soir en écrivant le CR je disais Merci Seigneur tu étais avec moi et même avant moi.

Pour terminer je toque à une porte et Paulette m’accueille par un Merci Seigneur j’étais en train de prier, faites que quelqu’un vienne et vous êtes là c’est magnifique.

Marie-Noëlle Chabrol

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